L'avantage de la plupart des romans consacrés à la boxe, c'est qu'ils parlent généralement de tout autre chose que de la boxe. Ou, pour être
plus précis, derrière leurs histoires de vestiaire, de sueur, de défi et de visages en charpie apparaissent d'autres préoccupations, d'autres enjeux. C'était déjà le cas chez F.X. Toole (que
Clint Eastwood eut la lumineuse idée d'adapter au cinéma avec Million Dollars Baby), ou chez Harry Crews et son fantastique Roi du K.O. Et c'est toujours valable avec Craig
Davidson, jeune romancier canadien d'une trentaine d'années, considéré comme l'un des plus prometteurs de sa génération - selon la formule consacrée des quatrième de couv paresseuses.
J'ai découvert Craig Davidson grâce à son premier livre, un formidable recueil de nouvelles intitulé Un goût de rouille et d'os. La
nouvelle éponyme, déjà consacrée à la boxe, m'avait impressionné par sa maîtrise et son extraordinaire sensibilité. Juste être un homme fait bien plus que confirmer ces qualités: ce
premier roman de l'auteur explore les tréfonds de l'âme humaine avec la précision d'un scalpel et révèle l'essence même de la boxe: la douleur infligée par les coups de l'adversaire peut
parfois constituer un baume contre d'autres maux, plus enfouis, plus complexes... A cet égard, la lecture (parfois éprouvante) de ce roman âpre et sensible aide à comprendre à quel point il
est parfois difficile d'être un homme, de vaincre ses peurs et ses frustrations, de trouver sa voie. En un mot, de trouver du sens.
Juste être un homme, par Craig Davidson - Albin Michel - collection Terres d'Amérique
Stéphane Laurent est journaliste, rewriter, nègre et réalise d'une façon générale tous les travaux d'écriture qu'on lui demande. Il vit à Strasbourg et passe tous ses étés en Bretagne. Il a aussi mauvais caractère. D'où (le retour de) ce blog.