Coincé dans un embouteillage, j'ai appris aujourd'hui sur France Inter la mort d'Aimé Césaire. Les réalités du décalage horaire font que j'ai
appris cette (prévisible) nouvelle avant la plupart des Martiniquais. Je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé à eux. Ils se lèvent, passent sous la douche, enfilent une chemise, font couler un café
et allument la radio. Et ils apprennent la mort d'Aimé Césaire.
Difficile, sans doute, d'imaginer ce qu'ils ont ressenti. Quelque chose d'assez proche, je pense, de ce que beaucoup d'Alsaciens éprouveront le jour de la disparition de Tomi Ungerer
(le plus tard possible: il a encore tant de facéties en réserve...). Tomi Ungerer est aujourd'hui le plus fidèle traducteur de l'identité complexe de l'Alsace. Césaire était (est encore, c'est la
force des hommes de plume) le plus fidèle traducteur de l'identité complexe des Martiniquais, et de bien plus que les Martiniquais: celle de toutes celles et de tous ceux qui font partie de
cette négritude qu'il a tant contribué à mettre en évidence - en dépit de tous les vents contraires... La vie entière de Césaire fut un combat contre tout ce qui a contribué à nier, à
rogner, à ignorer, à mépriser cette négritude. Par son oeuvre poétique et par son engagement politique, il a su devenir l'un de ces hommes dont la parole compte. On a coutume de dire que les
personnalités politiques lettrées manquent: il vient juste d'en disparaître une, absolument majeure. Le moins que l'on puisse faire à présent, c'est de lire ses textes. Lire Césaire, c'est
l'empêcher de mourir.
Additif du 22 avril: 8 livres de Césaire parmi les 25 meilleures ventes réalisées par Amazon en ce moment. Rien n'est perdu: les auteurs
de talent, dépêchez-vous de mourir, c'est le seul moyen de dépasser Guillaume Musso et Marc Levy !
Stéphane Laurent est journaliste, rewriter, nègre et réalise d'une façon générale tous les travaux d'écriture qu'on lui demande. Il vit à Strasbourg et passe tous ses étés en Bretagne. Il a aussi mauvais caractère. D'où (le retour de) ce blog.
(mes verbes, ma conjugaison : je fais ce que je veux :o)