Jeudi 8 novembre 2007

C'est un vieux cinéaste, de ceux qui sont entrés dans l'histoire du septième art, de ceux dont tout le monde connaît le nom sans qu'il soit besoin d'avoir vu un de leurs films. Pour un journaliste comme moi, interviewer un personnage de cette trempe, c'est un peu comme visiter un monument historique... L'homme vit à Paris, comme il se doit pour les légendes vivantes, dans une résidence avec digicode et marbre glacial. Son appartement est tapissé de livres et de souvenirs de voyage. J'ai pourtant du mal à y trouver un peu de chaleur... Ce n'est pas un monument que j'ai en face de moi, mais un homme sec aux cheveux blancs et aux sourcils broussailleux. Son épouse est là, elle aussi. Après coup, j'ai pensé au film de Josiane Balasko, Ma vie est un enfer, et au personnage de sa mère, interprété par Catherine Samie. Bourgeoise surmaquillée, vêtue de Léopard, visage sévère, l'oeil méprisant, le verbe sec. Un véritable appel au Grand Soir et à la révolte prolétarienne. Une employée de maison m'offre un Coca Cola et l'entretien démarre. Il porte notamment sur la dimension politique de la filmographie de mon hôte. L'homme est totalement réac, mais ce n'est pas une découverte pour moi. Il semble aussi assez ouvert et attentif, réflexe de professionnel de l'image, sans doute. Durant toute la durée de la rencontre, nous sommes surveillés du coin de l'oeil par le cerbère en Channel 5. C'est d'ailleurs lui qui viendra interrompre l'entretien d'un :"Dites-moi, c'est bientôt terminé, j'espère" aussi chaleureux qu'un iceberg avant le réchauffement climatique. Plus tard, le seul commentaire que j'obtiendrai sur le long papier publié à la suite de cette entrevue concernera une erreur d'un an dans l'âge du cinéaste. Depuis, chaque fois que je vois un de ses films, je ne peux pas m'empêcher de penser à son bodyguard en jupons et à cet appartement où rêgnait un silence de mort.


ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander
Lundi 5 novembre 2007
J'ai lancé un appel à textes et j'ai reçu des textes. 
On ne rigole pas beaucoup, dans ces textes.
Un recueil de nouvelles sur le thème du passé n'implique pas forcément que le lecteur ait envie d'ouvrir le gaz une fois le bouquin refermé.
J'ai retenu un certain nombre de nouvelles (six au total). Les auteurs n'ont pas été prévenus pour l'instant car je ne suis pas encore totalement certain de mes choix. Il reste donc cinq ou six places à prendre. 
Continuez à m'envoyer vos contributions, elles seront les bienvenues, surtout si elles sont un peu légères...

ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Mardi 30 octobre 2007

Vers l’âge de 21 ans, j’étais étudiant en lettres modernes et je ne faisais donc pas grand-chose de mes journées (que celui qui a eu le sentiment de travailler en lettres modernes me jette la première pierre). Trois mois après le début des cours, j’avais fini par trouver le chemin des amphithéâtres où de doctes professeurs s’appliquaient à me faire pénétrer l’impénétrable : la chanson de geste et Chrétien de Troyes. Quand je dis que j’avais fini par trouver le chemin des amphithéâtres, je ne parle pas au sens figuré. Il m’a vraiment fallu un trimestre pour savoir où ils se situaient. La plupart du temps hélas (ou heureusement, la question reste à trancher), j’étais bien plus attiré par les cafés le jour et par les bars la nuit. Je dépensais de l’argent que je n’avais pas et j’étais bien plus aguiché par les silhouettes ondulantes des filles que par Les travailleurs de la mer, que je tiens, mes excuses aux puristes, pour le roman le plus abominablement chiant de toute la création. Tout ce préambule pour bien faire comprendre au lecteur que j’avais, à cette époque, érigé la nonchalance en précepte fondamental de mon existence. En d’autres termes, j’étais un jeune couillon qui n’attendait rien, ne faisait rien, bien résolu à n’aller nulle part. La seule activité qui me faisait parfois lever une paupière – et à laquelle je m’adonnais paresseusement une heure par jour – , c’était l’écriture. J’écrivais des nouvelles (dont la complaisance me fait aujourd’hui tomber à la renverse) et je m’étais lancé dans un court roman que j’avais réussi à achever, grâce à ma fréquentation assidue des cafés évoqués plus haut. L’opuscule s’intitulait Richesses et m’avait été inspiré par la lecture d’un roman que j’avais beaucoup apprécié – sans doute correspondait-il alors bien à ma vision de l’existence : Basse saison, de Olivier Frébourg. Il ne s’agissait pas d’un plagiat ; plutôt d’un modèle dont j’avais cherché à restituer l’atmosphère particulière, entre désenchantement et indolence. Finalement assez enthousiasmé par mon machin, je décidai de l’envoyer à Frébourg, via son éditeur Albin Michel, afin qu’il le lise et me donne son sentiment. Une quinzaine de jours plus tard, je recevais un coup de fil :

-          Allo ?

-          Bonjour, pourrais-je parler à Stéphane Laurent ?

-          C’est moi.

-          Ah ! Très bien… Olivier Frébourg à l’appareil.

-          Ah… bonjour ! Dites-moi, quelle surprise !

-          Je voulais juste vous dire que j’ai parcouru votre petit roman. C’est pas mal, je trouve…

-          Ah… Et bien… merci...

-          Je me disais une chose : je pourrais le reprendre plus attentivement et vous indiquer des améliorations, des corrections à porter, ce genre de choses…

-          Ben… oui… si vous voulez…

-          OK. Alors à bientôt !

-          Oui, à bientôt…

J’ai raccroché et je me suis fait deux réflexions. Tout d’abord, il m’avait certainement pris pour Rainman. Ensuite, qui était donc ce type qui se piquait de corriger mon manuscrit ? Il avait publié un roman ? Et alors ? Etait-il pour autant habilité à me corriger ? Quelques jours plus tard, je recevais trois ou quatre chapitres de mon œuvre sur lesquels Frébourg avait porté de nombreuses notes au marqueur rouge. Des questions, des critiques, des propositions de développement ou d’ellipses, des encouragements sur les passages qu’il aimait… Mais bon sang, pour qui se prenait ce type et pourquoi s’était-il imaginé que j’avais envie de retravailler mon bouquin ? Le samedi suivant, vers 11h30, le téléphone a sonné à nouveau. J’étais couché depuis quelques heures à peine (à Strasbourg, les bars ferment tard) et je devais avoir la voix d’une momie dérangée après plusieurs millénaires de repos :

-          Moui… ?

-          Bonjour, c’est Frébourg… Je vous réveille ?

-          Ben… oui, en fait.

-          Ah ! Je suis désolé… Je voulais juste savoir si vous aviez déjà pu reprendre un peu votre texte…

-          Non. Là, franchement, j’ai pas eu trop le temps…

-          Je vous dérange un peu, là, non ? Vous voulez peut-être vous rendormir ?

-          Ben, oui, à vrai dire, j’aimerais bien…

-          Bon, OK. Bonne nuit, alors…

Inutile de vous dire qu’après cette splendide prestation de ma part, je n’ai plus jamais eu aucune nouvelle d’Olivier Frébourg. Quelques temps plus tard (un an ? deux ans ?), j’apprenais incidemment que Frébourg occupait la fonction d’éditeur – je crois que c’était pour les éditions La Table Ronde – et qu’il y dirigeait une collection. C’est alors que j’ai compris qu’il avait reçu mon manuscrit non pas comme un auteur, mais comme un éditeur. Je ne me suis pas jeté dans le Rhin avec des poids aux pieds, mais j’ai décidé ce jour-là d’être moins con. Encore aujourd’hui, si j’ai tendance à dire oui à toute proposition d’écriture avant même de réfléchir, c’est sans doute à cause de cet épisode pathétique. En un sens, il m’a donc été plutôt bénéfique…


ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander
Vendredi 26 octobre 2007

Lorsque votre serviteur ne laisse pas libre cours à son acrimonie sur ce blog, il travaille. Ceux qui me connaissent un peu savent mon amour pour ces travaux d'écriture qu'on dit "alimentaires" et qui constituent mon quotidien. Rien ne me réjouit plus que de rafistoler les manucrits qu'on me confie, trouver des titres, rédiger des quatrièmes de couverture, faire le nègre pour un "auteur" peu inspiré... Il m'arrive aussi, à l'occasion, de publier sous mon nom. Ainsi, je viens de signer la totalité des textes de L'Alsamanach 2008, qui paraît en librairies dans les prochains jours. 




Ce petit bouquin passe en revue l'année à venir au fil de textes et de photos qui revisitent avec humour et tendresse l'Alsace des sixties - avec en point d'orgue l'année 1968, hautement symbolique. De l'invention de l'alcootest à la révolution des premiers ordinateurs, en passant par les débuts d'un jeune crooner strasbourgeois nommé Herbert Léonard, L'Alsamanach 2008 propose un véritable bain de jouvence pour les Alsaciens de plus de quarante ans. Et ceux qui ne sont pas Alsaciens ? Qu'ils l'achètent quand même, s'ils m'aiment. Nous leur en serons particulièrement reconnaissants, mon banquier et moi-même. J'ajoute que L'Alsamanach 2007 - illustré par Tomi Ungerer et dont j'étais déjà l'auteur - a connu un vif succès et qu'il ne faudrait pas chômer si l'on veut améliorer le score. 
Voilà. C'était ma petite page de pub perso...


L'Alsamanach 2008 - La Nuée Bleue / Les Dernières Nouvelles d'Alsace - 6 euros.


ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 23 octobre 2007

Lira, lira pas... ? C'est la grande question du moment. Lire devant ses élèves l'émouvante lettre de Guy Môquet à ses parents et risquer de rentrer ainsi dans le grand barouf médiatico-mégalomane de Sarkozy, ou ne pas lire et passer pour un vieux grincheux au coeur sec ? Il y a des moments où, n'en déplaise aux râleurs anti-fonctionnaires, il fait bon ne pas être enseignant... Le problème de Guy Môquet, c'est d'être passé de l'ombre de l'histoire à celle, violente, des projecteurs, sans aucune transition. Aujourd'hui, tout le monde parle de Guy Môquet. Jusqu'à Bernard Laporte, qui s'est cru autorisé à lire le texte du jeune martyre à ses joueurs abasourdis avant une rencontre de la récente Coupe du monde de Rugby. Ecoeurante récupération... Je ne peux, moi, m'empêcher de songer à l'état d'esprit de ce pauvre type au moment où il écrivait, solitaire, cette lettre à ceux qu'il ne reverrait jamais et de mettre en rapport les sentiments purs, nobles et lucides de ce jeune homme avec le barnum médiatique absolument obscène auquel il est aujourd'hui livré en pâture. Elle est pratique, la lettre de Guy Môquet: poignante, fédératrice, et surtout... lointaine. On ne peut plus rien pour son auteur. C'est d'ailleurs ce qui me fait royalement braire, dans toutes ces histoires de commémoration: se souvenir, faire une minute de silence, lire en dehors de toute mise en perspective une lettre vieille de soixante ans, tout cela n'est ni difficile, ni particulièrement engageant. Il y a des tas de choses qu'on pourrait leur lire, aux gamins de nos écoles. Les lettres des pauvres types surendettés à leurs banques, les lettres des détenus gravement malades et qui ne bénéficient pas en prison des soins adéquats, les entrefilets de la presse écrite qui évoquent ces municipalités où l'on utilise des diffuseurs de mauvaises odeurs pour éloigner les clodos du centre ville, les lettres aux préfets qui leur demandent de parvenir coûte que coûte à expulser annuellement  25 000 sans papier... Voilà de saines lectures pour des enfants qui ne savent pas encore quelle société on leur prépare. Une société où quelques matchs de rugby font oublier tous les problèmes sociaux. Une société où les plus gros prescripteurs de livres restent Ardisson et Fogiel. Une société où l'on valorise le travail tout en adoptant les lois qui favorisent les plus friqués. Une société où l'on verse une larme pour Guy Môquet et où des types se défenestrent pour échapper aux explusions. Guy Môquet aurait pu devenir un vrai symbole. Aujourd'hui, Guy Môquet, c'est Casimir.


ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Vendredi 19 octobre 2007

Une corde manquait encore à mon arc dans ma logique de mercenaire de l'écriture: celle d'anthologiste. Inacceptable lacune que je me propose de combler toute affaire cessante. J'envisage en effet de réunir les nouvelles d'une dizaine (douzaine ?) d'auteurs au sein d'un recueil collectif thématique. Je prendrai ensuite mon bâton de pèlerin pour promouvoir l'ouvrage auprès des éditeurs. Les auteurs tentés par l'aventure peuvent par conséquent prendre connaissance des informations qui suivent:

L'évocation du passé peut provoquer un douce mélancolie, "bonheur d'être triste" dont parlait Victor Hugo. A moins qu'elle ne fasse resurgir des univers enfouis, des madeleines de Proust, des cadavres dans le placard. Le passé peut être un socle, un repère, une balise. Il peut aussi peser de tout son poids sur nos épaules, entraver un avenir possible. Douce nostalgie de trentenaire en mal de playmobiles et de Tang à l'orange ou résurgences traumatiques dont on ne parvient pas à endiguer le flot, les effets du passé sur notre devenir sont innombrables. Couverture douce et chaleureuse dans laquelle on prend plaisir à s'enrouler ou peau morte dont on désespère de pouvoir se débarrasser un jour, nos souvenirs conditionnent en effet bien souvent ce que nous sommes. Le poids du passé - entre réconfort et stigmates - constitue ainsi le thème de ce recueil collectif et, par voie de conséquence, celui des nouvelles que vous voudrez bien proposer.

Je m'empresse de préciser ici deux choses:

- Les contacts que je possède dans l'édition ne seront ici d'aucun secours: je travaille dans le domaine de l'essai, de la biographie, du livre régional. Pas dans celui de la littérature. Il me faudra donc frapper à d'autres portes qu'à celles où l'on me connaît déjà.

- Les places dans ce projet de recueil sont assez peu nombreuses, dans la mesure où j'ai déjà en tête plusieurs textes qu'il m'a été donné de lire par le passé et auxquels je réserve une place - à compter bien sûr que leurs auteurs acceptent ma proposition. Cela dit, je peux encore accueillir une demi-douzaine de contributions.

Les nouvellistes désireux de me proposer un texte peuvent le faire à l'adresse suivante: quandlavilledort@wanadoo.fr

Additif du 25 octobre: 

Un petit mot encore, compte tenu des textes que j'ai déjà reçus: évitez autant que possible de m'envoyer des nouvelles sur la mort du père, les boîtes à chaussures pleines de photos que l'on redécouvre, les actes manqués père-fils... J'ai bien conscience que le thème que je propose se prête formidablement à ce sujet, mais l'une des nouvelles que j'ai déjà retenues (avant même d'avoir lancé mon appel à textes) portait déjà sur ce thème et je ne souhaite pas que le futur recueil décline douze fois de suite la même idée. Merci !



ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Lundi 15 octobre 2007

En ces temps de crise, la tendance est à la création de son propre emploi. De très nombreux nouveaux métiers, plus ou moins utiles, se sont donc développés, parce que, mon pauvre monsieur, il faut bien vivre. On trouve ainsi des conseillers en look ("si vous avez les dents jaunes, portez des cravates marron"), voire des conseillers en relations - en drague, pour être plus clair - qui emmènent de pauvres mâles dans les supermarchés pour leur apprendre à aborder de jeunes gazelles au rayon charcuterie à la coupe. Il y a aussi pas mal de nouveautés dans le domaine des activités littéraires. Il faut dire que les auteurs débutants constituent un formidable terreau pour les crevards de tout poil, avides de s'engraisser sur la bête. Récemment, L'Agence littéraire en a donné une assez belle illustration: cette entreprise se fait fort de jouer le rôle d'agent littéraire pour les auteurs en herbe et en mal d'éditeurs. L'Agence littéraire se propose donc de jouer les intermédiaires contre une rémunération sous forme de pourcentages sur les droits des livres à venir. Ca, c'est assez classique. En revanche, le contrat proposé par cette société prévoit le versement d'une somme forfaitaire de 900 euros, avant même que la première démarche soit entreprise. Ca, c'est déjà moins classique... 10% des droits futurs plus 900 euros non récupérables, quand on connaît le niveau des ventes moyennes d'un premier roman, cela revient un peu à publier juste pour la beauté du geste. mais ce qui me dérange surtout dans les initiatives de ce type, c'est qu'elles n'attirent généralement à elles que les pauvres gogos sans talent qui trouvent là une occasion en or de se faire plumer. Les autres continuent à faire ce qu'ils font depuis des dizaines d'années: ils trouvent leur éditeur tout seul, comme des grands...


ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Jeudi 11 octobre 2007

Il faudrait que je continue à écrire des nouvelles. La dernière en date a bien six mois et celle d'avant au moins un an et demi. 

Il faudrait que je me lance dans l'écriture de cette pièce de théâtre qui me titille l'esprit depuis des années et qui n'a jamais dépassé le stade du titre. Et encore: du titre provisoire.

Il faudrait que je quitte Strasbourg et que j'installe ma famille dans une petite maison au fin fond du Bas-Rhin, là où les forêts sont profondes et où les gens ont un accent à couper au couteau. 

Il faudrait que je fasse le tri dans tous mes bouquins. Ceux qui débordent de ma bibliothèque et ceux qui dorment dans un grenier, à la campagne. Entre le premier d'entre eux (Sierra Brûlante, de Pierre Pelot, volé à la librairie Koël de Belfort en 1984) et le dernier (Nous somme tous des playmobiles, de Nicolas Ancion, acheté à la librairie Broglie de Strasbourg il y a trois jours), il y a des centaines d'auteurs qui attendent que je m'occupe d'eux. 

Il faudrait que je dise à quelques copains ce que je pense de leurs derniers livres : Max Genève, Armand Cabasson, Renaud Marhic... Il faudrait aussi que je lise certains bouquins qui prennent la poussière sur mon radiateur: A la vue, à la mort, de Françoise Guérin, Les beaux dimanches, de Magali Duru, La ligne de flottaison, de Jean Hatzfeld...

Il faudrait que je pense à monnayer le manuscrit original du Voyage au bout de la nuit, confié à mon grand-père par Louis-Ferdinand Céline le jour de sa mort. Non, je déconne, là. 

Il faudrait que j'encourage mon pote J.G à ouvrir son café-librairie. Depuis le temps que je cherche un endroit où écrire mes textes en buvant des coups gratos...

Il faudrait que je vous invite tous à acheter en masse L'Alsamanach 2008, disponible en librairies à la fin du mois et dont j'ai écrit tous les textes. Bon d'accord, ce fabuleux ouvrage ne sort qu'en Alsace. Mais Amazon, ce n'est pas fait pour les chiens, non ?

Il faudrait que je vous dise que je vous aime, mais je suis trop pudique. Et puis d'ailleurs, je ne suis pas sûr de vous aimer tous...


ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Lundi 8 octobre 2007

Bonne nouvelle : Yves Calvi connaît Le Matricule des Anges. Interviewant jeudi dernier en fin d’après-midi l’écrivain grec Vassilis Alexakis sur l’antenne de France Inter, Calvi s’est exclamé : « Vous faites l’objet d’un très beau dossier dans une revue que je ne connaissais pas : Le Matricule des Anges… » Si l’on est de bonne humeur, on peut toujours se dire que mieux vaut tard que jamais. Si l’on est du genre à couper les cheveux en quatre – ce qui est généralement mon cas – on trouvera particulièrement navrant qu’un journaliste présentateur sur la Cinquième et France 2 et responsable d’une série d’entretiens avec des intellectuels sur France Inter tombe des nues quand il s’agit d’évoquer la meilleure revue littéraire disponible en vente libre dans tous les kiosques de France et de Navarre depuis plus de dix ans. Je me pose une question : comment vivent ces gens ? Au rythme des services de presse ? Ce qui n’arrive pas tout cuit et gratuitement sur leur bureau n’existe donc pas ? Pour découvrir l’existence du Matricule des Anges, il suffit d’entrer dans n’importe quelle maison de presse et de consulter le rayon des revues littéraires (bon, en général, il faut se pencher un peu). Voilà. C’est tout. Une seule lecture suffit pour se convaincre qu’on tient là une publication d’une qualité exemplaire. Que les gens qui ne lisent de presse que ce qu’ils trouvent sur la table basse de leur médecin traitant ou chez leur coiffeur n’aient jamais entendu parler de la revue dirigée par Thierry Guichard n’a rien d’étonnant. Qu’un journaliste de la trempe de Calvi débarque littéralement m’inquiète, en revanche. On comprend mieux pourquoi Nouvelle Donne a mis la clef sous la porte. Et on se demande comment diable tient Le Matricule. Certes, on dit que la foi peut déplacer des montagnes. Mais peut-elle survivre aux NMPP ?


ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Jeudi 4 octobre 2007

Je suis très heureux de reprendre aujourd'hui ma série de "petits noirs" avec Emmanuelle Urien. Cette accorte jeune femme s'est tout d'abord illustrée dans le petit univers des concours de nouvelles en multipliant les récompenses. Un piège redoutable pour un aspirant auteur: si le monde microscopique des concours peut s'avérer motivant les premiers temps, on s'y enferme vite et l'odeur du formol ne tarde guère à s'élever dans les airs... Emmanuelle a su très tôt sortir de ce carcan en publiant à la vitesse de l'éclair trois recueils de nouvelles remarqués. L'un d'entre eux a été publié par les éditions Quadrature, courageuse maison belge dont il faudra tôt ou tard reparler dans ces pages. Le dernier en date est paru dans la mythique collection Blanche de Gallimard, ce que pas mal de gens tiennent pour un exploit. J'ai voulu interroger Emmanuelle sur ce parcours à la fois atypique et exemplaire et je l'ai donc conviée à partager avec moi ce petit noir au coin du zinc. C'est l'avantage des blogs: on peut y inviter les filles sans crainte de prendre une veste...

urienemm-collectemonstres.jpg

-         Peux-tu retracer rapidement ton parcours de nouvelliste ? Comment es-tu entrée en contact avec l’univers des concours de nouvelles ?

 

Il y a quelques années, six ans à peu près, quand j’ai vraiment commencé à écrire des nouvelles (avant, j’écrivais juste, sans me demander dans quel genre je versais), je fouinais régulièrement sur Internet pour y trouver des sites où donner mes textes en pâture aux lecteurs. On y parlait également de concours littéraires. J’ai constaté qu’il en existait des centaines et je me suis lancée, histoire de recueillir quelques impressions extérieures (pas celles de mes proches, trop subjectives) sur ce que j’écrivais. Les concours, et les résultats que j’y ai obtenus, m’ont fourni une sorte d’alibi pour écrire des nouvelles et rien d’autre. Entre ça et les contraintes de délais, parfois de thèmes, j’en ai écrit une centaine en trois ans. Et je me suis aperçue que c’était vraiment un genre qui me passionnait, tant sur le fond que sur la forme. Et aussi que mes textes, ô joie, plaisaient aux lecteurs.

 

-         La publication de tes recueils de nouvelles doit-elle quelque chose au fait que tu as accompli tes premières armes dans le milieu des concours ?

 

Au risque de désespérer les concoursdenouvellistes les plus acharnés, non. Ou alors de manière très indirecte, et uniquement en ce qui concerne mon premier recueil : Court, noir, sans sucre, a été publié par quelqu’un qui est un fan de mon écriture (et aussi un très précieux ami, coucou Yann !) et jugeait anormal que je ne sois pas éditée. Il faut dire qu’à l’époque, les plus grands éditeurs français m’écrivaient personnellement pour m’expliquer que mes manuscrits ne correspondaient malheureusement pas à leur ligne éditoriale…. C’est ainsi qu’est né L’être Minuscule, qui n’a toujours que mon titre a son catalogue. On m’a fait un vrai contrat d’édition, avec des conditions en or que même Jean d’Ormesson m’envie encore… Mon deuxième recueil, Toute humanité mise à part, a été publié par Quadrature, une jeune maison belge spécialisée dans la nouvelle, suite à un envoi de manuscrit par mail. Encore une fois, rien à voir avec les concours. Le monde de l’édition et celui des concours sont différents et cloisonnés et, s’il existe une passerelle entre les deux, elle est bien cachée, et à mon avis elle est toute étroite et pas bien solide…

 

 

-         Comment passe t-on d’éditeurs certes volontaires et passionnés, mais microscopiques, à la Blanche de Gallimard ?

 

Par hasard, par chance ou, plus poétiquement, grâce à la clémence inattendue de la fée des Postes : comme aucun droit de préférence ne me liait à mes deux premiers éditeurs, j’avais envoyé, il y a un peu plus d’un an, le manuscrit de « La collecte des monstres » à trois éditeurs, des gros avec des noms qui finissaient tous par « ard », il faut savoir lancer les bouteilles à la mer avec une certaine cohérence. …J’avais utilisé cette même technique imparable qui me valait des refus types de leur part depuis trois ans : la grosse enveloppe kraft adressée au service des manuscrits en personne. Sauf que cette fois, un miracle a eu lieu : par une belle  journée d’octobre, mon portable a sonné, et Richard Millet de chez Gallimard m’annonçait qu’il avait trouvé mon recueil remarquable. J’ai tout de même mis deux mois à me persuader qu’il ne s’agissait pas d’une blague…

 

-         Devenir auteur Gallimard, c’est abandonner les rutabagas au profit du caviar à la louche ?

 

Ce serait plutôt « vous reprendrez bien une louche de rutabagas ? »

Je crois qu’à peu près tout le monde, dans le milieu des auteurs, est désormais au courant qu’il est rare de parvenir à vivre exclusivement de son écriture. A moins d’un best seller, les droits d’auteurs ne permettent pas d’avoir un véritable revenu, Gallimard ou pas. Le fait de publier chez un éditeur aussi prestigieux permet surtout d’avoir une excellente diffusion, donc un livre visible, plus de presse, évidemment plus de lecteurs que pour mes précédents livres. Mais quel que soit l’éditeur, en définitive, un recueil de nouvelles publié par une inconnue a peu de chance de se vendre au-delà de quelques milliers d’exemplaires. J’étais consciente de cela dès le départ, et je ne suis donc ni surprise, ni déçue. J’ai été heureuse de publier chez Quadrature et L’être minuscule, je suis heureuse de publier chez Gallimard, mais je n’attends rien de grandiose de leur part côté communication. Nous sommes trop nombreux, comme auteurs, pour avoir tous droit à un traitement de faveur. Et ça ne me dérange pas plus que ça…

 

-         Peux-tu présenter La collecte des monstres ? Suis-je à côté de la plaque si j’estime que ton recueil présente un éventail de  textes qui sont autant de variations sur le thème de la monstruosité dans le registre du quotidien, de l’ordinaire ?

 

Non, tu es pile dedans, c’est très bien présenté, je ne vois pas ce que je peux ajouter après ça.

...comment ça, elle est trop courte, ma réponse ? Il faut que j’étoffe un peu ? Parce que ça se fait, dans les interviews ? …excusez-moi, je n’ai pas bien l’habitude.

Bon, alors « La collecte des monstres ». En gros, ça raconte qu’on est tous des gens ordinaires, et qu’on est tous des monstres, la victime comme le bourreau. En ce qui concerne l’atmosphère du recueil, d’une part, et l’explication du titre d’autre part, je renvoie le lecteur (mais gentiment, hein, parce qu’il faut qu’il revienne après) aux épigraphes qui ouvrent le recueil :

« Je voudrais bien ne pas peindre de monstres et pourtant, de l’avis général, c’est à cela que mes tableaux aboutissent. Si je rends les gens laids, ce n’est pas exprès : j’aimerais les montrer aussi beaux qu’ils le sont ». C’est de Francis Bacon, et c’est exactement l’esprit dans lequel j’ai écrit ces nouvelles.

Seconde épigraphe : « La collecte des monstres aura lieu le premier mardi de chaque mois. Veuillez déposer les objets à évacuer devant votre domicile avant huit heures du matin. » C’est plus ou moins tiré d’un bulletin municipal, et ça résume très bien aussi le message que j’ai inscrit dans ces nouvelles…enfin, pour autant qu’il y ait un message.

 

 

-         Tu t’exprimes exclusivement par le biais de la nouvelle – en tout cas pour ce que j’en sais. Le roman est-il un format qui ne te convient pas ?

 

J’ai écrit bien d’autres choses que des nouvelles : du théâtre, de la poésie, des pamphlets, des chroniques, des contes… et même un vilain roman, pour lequel j’ai appliqué la technique dite « du tiroir » afin d’oublier que j’avais écrit un truc pareil…

En réalité, la nouvelle me semble actuellement le meilleur moyen de satisfaire mes exigences d’intensité et de style. C’est sans doute qu’à force de pratiquer ce genre, j’ai fini par le maîtriser (à ma façon, bien sûr, je n’entends pas me poser comme maîtresse du genre sur le plan universel, ni sur aucun plan, d’ailleurs).

Le roman, pour moi, c’est encore la grande inconnue, avec plein de questions : vais-je tenir la longueur ? Intéresser des lecteurs sur la durée ? Satisfaire à mes propres exigences stylistiques et émotionnelles ? Ne pas me perdre en route ?

…et en même temps, j’aime bien me poser des questions et essayer d’y répondre, alors…

 

 

-         Quels sont tes projets d’écriture ?

 

Un quatrième recueil, plus qu’à moitié écrit, et pour lequel j’ai d’ailleurs obtenu le soutien du CNL…mais qui ne sera probablement pas le prochain à être publié. Il semblerait en effet que mon éditeur me réclame auparavant un roman, dans la mesure où Madame la Critique, à ce qu’il paraît, m’attend au tournant… J’ai un peu l’impression de me soumettre un rite de passage dans la cour des grands, où les auteurs du « petit genre » (la nouvelle, pour reprendre l’expression utilisée par Gilles Pellerin) n’ont pas le droit de jouer. Comme si être nouvelliste n’était pas une preuve suffisante qu’on est écrivain…

Bref, comme j’ai deux romans sur le feu depuis quelque temps, je vais faire de mon mieux pour en achever un de telle sorte que tout le monde en soit content (tout le monde, c’est moi, mon éditeur, et mon fan-club qui doit bien compter douze membres, on a le monde qu’on peut, et le mien me convient). C’est un exercice qui me fait peur, mais qui me passionne.

Grande surprise côté tonalité : ce sera un roman noir…

Et sinon, je continue les nouvelles, les textes pour la radio, j’ai un roman bilingue en cours, je travaille avec une merveilleuse illustratrice sur deux livres jeunesse pour lesquels nous cherchons un éditeurs, je finis la maquette d’un spectacle musical, et je cherche des travaux d’écriture à caractère alimentaire pour remplir les intervalles…

 


ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander

Qui est-il ?

Stéphane Laurent est journaliste, rewriter, nègre et réalise d'une façon générale tous les travaux d'écriture qu'on lui demande. Il vit à Strasbourg et passe tous ses étés en Bretagne. Il a aussi mauvais caractère. D'où (le retour de) ce blog.

Bobine


En cours de lecture...


  Iain Levison - Tribulations d'un précaire (Liana Levi)

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus