Un billet rapide pour vous signaler l'ouverture du site de la Nuée Bleue, l'éditeur avec lequel je bosse pas mal. On trouvera sur ce site flambant neuf tous les ouvrages
disponibles publiés par la maison - on pourra donc se faire une idée assez précise des (nombreuses) productions de cette entreprise qui n'est pas moins que le plus gros des éditeurs de
l'est de la France. Et pour l'instant, j'y suis encore en "vitrine" avec mon Alsamanach 2008, paru début novembre.
Voilà. C'était encore une page de pub. Reprise du cours normal des émissions dans deux ou trois jours. Bonjour chez vous d'ici là.
Les éditions de la Nuée Bleue: www.nueebleue.com
Je suis tombé hier en faisant un peu de rangement (en ce domaine, j'ai le sentiment permanent de remplir le tonneau des Danaïdes) sur mon vieil exemplaire de poche de
Montserrat, la pièce d'Emmanuel Roblès.
On ne parle plus guère d'Emmanuel Roblès, aujourd'hui.
C'est bien dommage.
Né à Oran en 1914, ancien compagnon de route de Camus, grand voyageur et grand aventurier, Roblès a trouvé le temps de tisser une oeuvre gorgée de soleil et d'une splendide humanité, constituée
de théâtre, de nouvelles, de poésie, de récits de voyage, et surtout d'une bonne vingtaine de romans tous publiés au Seuil et dont on retiendra notamment Cela s'appelle
l'aurore et Les hauteurs de la ville. Le premier - dont le titre est emprunté à Giraudoux - est une histoire touchante qui magnifie le courage et l'abnégation, le second anticipe
avec gravité les événements tragiques de la guerre d'Algérie. De nos jours, l'auteur de ces romans lumineux n'est plus à la mode (trouver un de ses livres en librairies relève d'ailleurs du
parcours du combattant, voire de la quête du Graal). Rien d'étonnant à cela: l'époque est au cynisme littéraire et au marketing. Les optimistes ouverts sur le monde y sont ringardisés... On
pourra tout de même, si on souhaite se familiariser avec son oeuvre généreuse, dénicher l'un ou l'autre livre de Roblès chez un bouquiniste. C'est bien le moins que l'on puisse faire pour cet
homme qui a passé l'essentiel de son existence à aimer ses semblables.
Emmanuel Roblès est mort le 22 février 1995.
Pour quelqu'un qui, comme moi, bouffe de la pellicule à la tonne, visiter le plateau de tournage d'un film, c'est un peu comme se retrouver dans la peau de Pinocchio au
Pays des jouets, juste avant qu'il ne soit transformé en âne.
J'ai donc visité le plateau de Survivre avec les loups, tourné partiellement en Alsace par Véra Belmont (on se souvient notamment de son Rouge baiser, qui avait
en son temps révélé Charlotte Valandrey). Je n'ai pas été changé en âne, j'ai même appris des choses assez intéressantes. Première réflexion: si le tournage d'un film sans star et doté d'un
budget relativement modeste (7 millions d'euros) mobilise autant de personnes et de matériel, que diable en est-il pour les énormes boursouflures américaines de type Pirates des Caraïbes
? Deuxième réflexion: on n'est pas si loin de la réalité lorsque l'on évoque la "magie du cinéma". Ainsi, les scènes tournées à Strasbourg sont supposées se passer pendant l'été et c'est pourtant
en plein mois de janvier, dans la cour intérieure couverte de neige des anciens haras de la ville, que j'ai retrouvé l'équipe du film en pleine effervescence. Le producteur me fait l'article et
me parle de l'histoire du film, que je connais déjà (oui, il arrive que les journalistes se documentent et maîtrisent leur sujet). En fait, Survivre avec les loups est l'adaptation du
livre éponyme de Misha Defonseca. L'auteure, originaire de Belgique, née de père juif allemand et de mère juive russe, raconte dans son livre de quelle manière elle a traversé l'Europe alors
qu'elle n'avait que sept ou huit ans, afin de retrouver ses parents déportés par les nazis et comment, au cours de son périple, elle fut amenée à vivre plusieurs semaines en pleine forêt auprès
d'une meute de loups. Il s'agit donc d'un témoignage romancé du genre Jamais sans ma fille - en moins putassier - vendu comme il se doit à des millions d'exemplaires à travers le
monde. Véra Belmont - survoltée - m'expliquera devant une tasse de café que cette histoire est naturellement entrée en résonnance avec son propre parcours: "Je suis juive, d'origine
russo-polonaise, pas la peine de vous faire un dessin...". La réalisatrice, plutôt bien disposée à mon égard, me propose après notre entretien de rencontrer la petite Mathilde Goffart, qui
incarne le personnage de la fillette et pour qui il s'agit de la toute première expérience cinématographique. Je me retrouve donc en face d'une fillette gracile, au visage solaire et au regard
d'un bleu limpide qui fera probablement des ravages dans une quinzaine d'années. Je ne peux pas m'empêcher de me dire que j'ai peut-être en face de moi la future Vanessa Paradis et que je réalise
là sa toute première interview. Fantasme de petit plumitif, sans doute... Voilà la transcription exacte de notre entretien:
- Tu es contente de tourner dans un film avec Véra ?
- Oui...
- Et ça te fait plaisir de tourner bientôt les scènes avec tous les loups ?
- Oh oui !
- Tu les as déjà rencontrés ?
- Oui...
- Et ils ne te font pas peur ?
- Non...
- Même pas un petit peu ?
- Ben non...
En quittant la petite, j'ai pensé qu'il n'y avait finalement rien d'autre à dire. Et que la plupart des interviews gagneraient sans doute à être aussi sobres.
-ti_bug_fck
Une habituée de ce blog m'a soumis l'autre jour au fameux questionnaire de Proust, en me suggérant de publier le résultat sur ce blog. J'ai dit que je trouvais ça un peu mégalo.
"Moi aussi, m'a t-elle dit. Et alors ?"
Alors rien. En avant:
Le principal trait de mon caractère:
la bougonnerie. La dérision. La timidité. Tiens, ça fait trois traits. Tant pis.
La qualité que je désire chez un homme:
Je ne désire rien de particulier, chez un homme.
La qualité que je désire chez une femme:
L'humour. Une femme ne peut pas être belle sans humour.
Ce que j'apprécie le plus chez mes amis:
Qu'ils soient là. En général, ils sont là.
Mon principal défaut:
L'égoïsme. Mais je me soigne.
Mon occupation préférée:
Lire dans mon bain. Dans mon bain, je peux apprécier n'importe quoi. Guillaume Dustan, Alexandre Jardin, Jean Dutourd. N'importe quoi, je vous dis.
Mon rêve de bonheur:
C'est des conneries, ça, les "rêves de bonheur".
Quel serait mon plus grand malheur:
Que mon fils devienne représentant de commerce, avec des objectifs chiffrés. Que ma fille aille se déchirer les cheveux aux concerts de Tokyo Hotel.
Ce que je voudrais être:
Etre un type bien nourri dans une démocratie occidentale, avec un toit au-dessus de la tête, c'est déjà pas mal...
Le pays où je désirerais vivre:
Celui des droits de l'homme. Le mien, il paraît. Faut voir...
La couleur que je préfère:
Celle des yeux de ma fille. Et on dit que je ne suis pas sentimental...
La fleur que j'aime:
???
L'oiseau que je préfère:
L'oiseau moqueur. Parce qu'il a inspiré un très beau livre à Harper Lee.
Mes auteurs favoris en prose:
Richard Russo. Dan Chaon. Pierre Pelot (je suis un homme fidèle). Mais surtout Richard Russo.
Mes poètes préférés:
Jean-Paul Klee, parce qu'il est à la fois drôle et pathétique.
Mes héros dans la fiction:
J'aime bien les amis fidèles du héros. Un peu moins bons, moins forts, moins beaux, moins courageux que le héros. Mais quand même très bons, très forts, très beaux et très courageux.
Mes héroïnes dans la fiction:
Tous les personnages interprétés au cinéma par Cate Blanchett. Dans une autre vie, largement fantasmée, Cate Blanchett se pend à mon cou en me disant que je suis irrésistible.
Mes compositeurs préférés:
Ennio Morricone. Basil Poledouris. Luis Bacalov.
Mes peintres favoris:
Je ne connais strictement rien à la peinture. En revanche, j'ai sérieusement fantasmé durant toute mon adolescence sur les merveilleuses affiches de films peintes par Renato Casaro. Le cinéma est
pourri depuis qu'on ne peint plus les affiches. A part à Bollywood.
Mes héros dans la vie réelle:
Je n'en ai pas. Je déteste les icônes. Les tee-shirt à l'effigie du Che me font mourir de rire.
Mes héroïnes dans l'histoire:
Voir réponse précédente. Mais bon, si c'est pour l'histoire, disons Lucie Aubrac. Ou Calamity Jane, tiens.
Ce que je déteste par-dessus tout:
Les publicités pour les aliments des animaux. Un sommet d'obscénité.
Personnage historique que je méprise le plus:
Qui suis-je, pour mépriser un "personnage historique" ?
Le fait militaire que j'admire le plus:
J'ai vu un jour un documentaire sur la désertion. C'est ça, le fait militaire que j'admire le plus.
La réforme que j'admire le plus:
L'abolition de la peine de mort. Même pour les pédophiles nécrophiles néo-nazis récidivistes. Question de principe.
Le don de la nature que j'aimerais avoir:
Je les ai tous.
Comment j'aimerais mourir:
Je n'aimerais pas mourir. Ou alors, que ça ne soit pas définitif (mais ça l'est, je le crains).
Etat présent de mon esprit:
Présent. Parfois absent.
Faute qui m'inspire le plus d'indulgence:
Le mensonge. D'ailleurs, le mensonge n'est pas une faute.
Ma devise:
Il n'y a rien de plus définitif qu'une devise. Donc, rien de plus con.
Les activités de Gérard Levoyer sont au moins aussi nombreuses que les bras de la déesse Vishnou : comédien, metteur en scène, dramaturge,
nouvelliste, auteur radiophonique… Toutes ces accaparantes casquettes ne l’ont pas empêché de tenir à bout de bras pendant douze ans le fantastique concours Nouvelle au pluriel, qui fêtait cette
année sa dernière édition. Après avoir reçu plus de trois mille textes et distingué une belle brochette d’auteurs de talent, Nouvelle au pluriel s’achève sur un ultime palmarès qui récompense
Jean-Luc Guardia, Jean-Paul Didierlaurent et Dominique Guérin. La remise des prix qui a eu lieu ce week-end tenait donc lieu de très beau bouquet final pour ce concours que beaucoup regrettent
déjà. Mon histoire personnelle avec le concours dirigé par Gérard me conduit à le regretter moi aussi : lauréat en 2001 (à l’époque où je participais encore à ce type de compétition),
j’avais noué avec Gérard une relation amicale qui m’a amené à intégrer le premier comité de lecture de Nouvelle au pluriel pendant les trois ou quatre années qui ont suivi. C’est à ce titre que
j’ai été gentiment convié à participer à cette dernière fête, en compagnie d’autres anciens lauréats. L’événement était organisé comme tous les ans à la salle Georges Brassens de
Villiers-sur-Marne.
Gérard Levoyer sur scène, lors de la théâtralisation de la nouvelle lauréate, Caminarem de Jean-Luc Guardia
A la traditionnelle théâtralisation des textes primés (l’intérêt majeur, selon moi, de ce concours), s’ajoutaient cette année – dernière oblige –
quelques réjouissances supplémentaires, au rang desquelles un cadavre exquis rédigé spécialement pour l’occasion par les cinq anciens lauréats présents – Sylvain Rossignol, Jacques Deloge, Eric
Fouassier, Emmanuelle Urien et ma pomme. Ne reculant devant aucun sacrifice, les cinq coupables sont vaillamment montés sur la scène afin de donner lecture de leurs productions respectives,
chaleureusement applaudies par un public bienveillant. Les théâtralisations des trois textes primés ont quant à elles impressionné l’assistance par leur professionnalisme et offert aux auteurs
une approche inédite de leurs nouvelles. Les diverses libations qui ont rythmé la soirée ont largement contribué au caractère convivial de la manifestation. J’ai été très heureux, pour ma part,
de retrouver quelques amis comme Sylvain Rossignol ou Jean-Luc Guardia, et de rencontrer enfin Emmanuelle Urien et Jean-Paul Didierlaurent. Il reste maintenant à une bonne âme (pas moi, merci,
j’ai déjà donné) à reprendre le flambeau et à créer un nouveau concours, aussi honnête, chaleureux et valorisant que Nouvelle au pluriel.
J'écoutais hier Brice Hortefeux expliquant qu'il est fini, le temps où l'on pouvait se cacher dix ans en France et être ensuite régularisé.
Il y aurait donc des gens qui viendraient en France avec le dessein machiavélique de se cacher pendant dix ans pour être régularisés.
Dix ans.
En dix ans, un enfant passe du ventre de sa mère au collège.
En dix ans, les habitudes vestimentaires ont le temps de se démoder.
En dix ans, on peut dépenser presque 300 euros en sapins de Noël.
En dix ans, un acteur peut passer de jeune premier à has been.
Dix hivers, dix printemps, dix étés, dix automnes à attendre. A ne pas pouvoir exercer une activité professionnelle digne de ce nom. A ne pas se sentir libre de ses faits et
gestes, à trembler à la vue d'un uniforme.
Il est fini le temps où l'on pouvait se cacher dix ans et être ensuite régularisé. Qu'on me passe une bassine, là, j'ai un peu la nausée.
L'autre jour, France 3 diffusait Maman est folle, un téléfilm de Jean-Pierre Améris, d'après le roman d'Olivier Adam, A l'abri de rien (voir mon billet daté du 22 septembre). Je
n'avais pas regardé un téléfilm depuis Pause café, avec Véronique Jannot, le fantasme absolu de ma pré-adolescence. Le film de Jean-Pierre Améris et le roman d'Adam constituent un
salutaire contre-feu à l'idéologie actuellement dominante. A cet égard, lire le bouquin d'Adam devient presque un acte militant.
Vendredi 23 novembre 2007
On me considère souvent comme un grincheux impénitent, une sorte de bougon professionnel, un râleur jamais content. Il y a même un forum littéraire (même si, à la lecture de
ses messages, on est parfois saisi d'un doute) qui parle régulièrement de moi comme d'un sale type aigri qui ne fait rien qu'à embêter les apprentis-auteurs. Pour une fois, je vais donc faire
preuve d'enthousiasme. Attention, soyez attentifs, ce sera rapide. Un, deux, trois, partez:
J'ai achevé il y a quelques jours la lecture d'un livre extraordinaire: Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, écrit par Harper Lee et publié aux Etats-Unis au début des années 1960. Ce
bouquin est un modèle de pureté, de simplicité (dans le sens le plus noble du terme), de fluidité, d'humanité et d'humour. Il raconte le quotidien d'une fillette et de son grand frère dans une
petite ville de l'Alabama dans le courant des années 1930. Leur père avocat est un jour commis d'office pour défendre un jeune noir accusé du viol d'une blanche. Qu'on ne s'y trompe pas: même si
le livre dénonce l'injustice faite alors aux gens de couleur, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur n'est pas un clone livresque de Mississipi burning. C'est plutôt un formidable
roman initiatique, une histoire qui accomplit le prodige d'être à la fois très enracinée géographiquement et d'offrir une véritable portée universelle. L'histoire du livre est d'ailleurs presque
aussi passionnante que le livre lui-même: Harper Lee - qui, comme son nom ne l'indique pas, est une femme - a vendu en une quarantaine d'années près de trente millions d'exemplaires de ce roman à
travers le monde. Conformément à ce qu'elle avait annoncé dès la parution du livre, elle n'a pas publié la moindre ligne depuis. Ni roman, ni nouvelle, ni poésie, ni essai. Rien du tout. Et elle
n'a accordé aucun entretien. Son explication ? "J'ai dit ce que j'avais à dire".
Une philosophie que quelques-uns de nos auteurs hexagonaux, qui ont toujours un roman sous le coude à l'approche de l'automne et de ses prix littéraires, devraient méditer un
peu.
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, par Harper Lee - éditions Le livre de poche - 6,50 euros
- En ce moment, je ne travaille pas beaucoup, je vis un peu sur mes réserves, quoi. Un peu comme les ours blancs, obèses au début de l'hiver, anorexiques à la fin...
- En ce moment, je cherche une maison, si possible en pleine cambrousse, si possible près d'une forêt, si possible avec un bout de jardin pour y faire pousser des tomates. Une maison pour y
installer ma famille et respirer l'air (encore) pur du massif des Vosges.
- En ce moment, je me réjouis de la parution en librairies d'un ENORME livre sur l'histoire de la cathédrale de Strasbourg, à la conception duquel j'ai modestement contribué (rédaction des
légendes, relecture, corrections...)
- En ce moment, je lis Parle plus bas, de Giacomo Cacciatore, récemment paru aux éditions Liana Levi.
- En ce moment, je prépare ma valise, car je me rends samedi à l'ultime remise des prix de Nouvelle au pluriel, ce merveilleux concours animé depuis plus de dix ans par l'ami Gérard Levoyer et
qui fête ce week-end ses joyeuses funérailles (le concours, pas Gérard).
- En ce moment, je vis avec mes enfants l'irremplaçable expérience de la lecture: "A Grand-Poco, il y a sur le ponton un crocodile et aussi Odilon avec son
bâton..."
- En ce moment, je tente avec peine de réunir une douzaine de nouvelles pour constituer un recueil collectif. Ce ne sont pas les nouvelles qui sont mauvaises, c'est moi qui suis difficile. Voir à
cet effet mon billet du 19 octobre.
- En ce moment, un de mes vieux amis est triste, parce qu'il s'est pris une montagne sur la tête. Et je suis triste pour lui.
- En ce moment, je suis dans une phase ultra-mégalomane du genre "retour sur mon oeuvre". Je relis peu à peu l'ensemble de mes papiers de journaliste, parus depuis cinq ou six ans, et je me
demande bien pourquoi on ne m'a toujours pas décerné le Pulitzer. C'est vrai, ça: pourquoi ?
Vendredi 16 novembre 2007
J'ai eu l'occasion il y a quelques années - c'était je crois en 2004 - de travailler sur une série de portraits pour un hebdomadaire belge. Il s'agissait pour moi de rendre compte
de la question du déracinement - contraint ou volontaire - à travers une demi-douzaine de portraits d'immigrés issus des quatre coins du globe. Intitulée Temps d'ailleurs, cette série
publiée chaque semaine durant l'été m'a permis de rencontrer des gens passionnants, totalement en dehors de ma sphère sociale et culturelle et que je n'aurais eu aucune chance de connaître sans
cela. Je me souviens notamment d'Athula, originaire du Sri Lanka et qui m'avait raconté son effroyable parcours - entre tortures policières dans son pays d'origine et sordide réseau de passeurs
pour arriver en France. Je me rappelle aussi de Sommer, charmante et discrête jeune femme venue de Cuba et qui évoquait pour moi les pénuries ubuesques du régime castriste et son arrivée à
Strasbourg, après qu'elle soit tombée amoureuse d'un touriste alsacien pour qui elle avait joué les guides à Cuba. Je me souviens surtout de Mahmoud, Iranien d'une cinquantaine d'années, poussé à
quitter sa terre natale à cause de ses activités politiques et après plusieurs années éprouvantes passées en prison dans des conditions effroyables. Il m'avait accueilli chez lui un matin très
tôt, occasion bienvenue de m'offrir un authentique petit déjeuner iranien préparé par son épouse. Toutes ces rencontres n'ont pas eu pour effet que de me permettre de publier une série de papiers
dont je suis aujourd'hui encore très fier: elles m'ont surtout ouvert à des gens dont l'unique préoccupation n'est pas le prix de la baguette ou du litre de super à la pompe. Une bouffée d'air
frais, en somme.
Suite à l'appel à textes que j'ai lancé il y a quelques semaines (voir mon billet du 19 octobre), j'ai commencé à composer le recueil collectif sur le thème du poids du passé
- recueil qui doit, à terme, réunir de dix à douze nouvelles. Voici les textes qui font d'ores et déjà partie de ce projet:
Une Stella, par Denis-Jacques Fleurot
Milano centrale, par Patrick Dupuis
La faute à Gutenberg, par Jordy Grosborne,
Mierda, par Nathalie Salvi
La mare aux noyés, par Dominique Guérin
Fin, par Stéphane Laurent
Le voyage en hiver, par Gérard Levoyer
Les effluves du temps, par Magali Duru
Les (nombreux) autres textes que j'ai reçus ont été écartés, soit parce qu'ils ne correspondaient pas suffisamment au thème proposé, soit parce qu'ils faisaient redite avec une autre nouvelle
déjà sélectionnée (et d'une dimension littéraire plus forte), soit parce qu'il ne m'ont tout simplement pas touché. Il reste donc de deux à quatre places à prendre. N'hésitez pas
à m'envoyer d'autres contributions. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le signaler, les nouvelles déjà choisies étant d'une tonalité plutôt sombre, il serait bon de contrebalancer avec des textes
plus drôles et plus légers. Merci d'avance...