Mes pérégrinations de petit reporter alsacien m'ont permis de rencontrer des gens que je n'aurais jamais eu l'occasion de croiser dans un autre contexte. Parcourir les
départementales armé d'un trajet Mappy est sans conteste possible le meilleur moyen de prendre conscience de la richesse humaine qui nous entoure. Mon petit carnet en main, j'ai ausculté
ces dernières années les états d'âme de pas mal de gens qui m'ont enrichi. Parce que différents de moi.
Je me souviens d'un coutelier d'art. Un ours débonnaire à l'accent alsacien à couper... au couteau et qui fabrique dans son minuscule atelier strasbourgeois des petits pendentifs vendus jusqu'à
Los Angeles et portés par des icônes hollywoodiennes telles que Nicolas Cage.
Je me souviens d'un ancien ouvrier des usines Bugatti à Molsheim. Il avait passé toute sa carrière dans l'entreprise, comme son grand-père, qui faisait partie des premiers employés d'Ettore
Bugatti lors de son installation en Alsace. Il avait occupé les dix premières années de sa retraite à reconstituer une Type 37 de 1925 à l'aide de matériel de récupération.
Je me souviens d'un jeune homme - pâle, blond et aux yeux bleus - qui gagnait sa vie en jouant les Sioux dans des reconstitutions de la conquête de l'Ouest. Il m'avait montré sa coiffe de chef,
patiemment montée plume après plume et qui lui avait coûté une fortune. Je l'avais revu plus tard, un soir d'été, le visage peint. Il était perché sur un cheval et assaillait les
cow-boys assiégés devant une foule de gamins aux anges.
Je me souviens du dernier fabricant de nains de jardin en terre cuite de France. Il m'avait parlé, des trémolos d'indignation dans la voix, de l'invasion du plastique qui avait peu à peu
transformé l'artisanat des nains en industrie.
Je me souviens d'un paysagiste extraordinaire, qui avait punaisé sur le mur en face de sa table de travail des citations de Pessoa ou d'Apollinaire et qui m'avait
raconté s'être inspiré d'un incunable du XVème siècle pour concevoir l'un de ses projets grand public. Il m'avait fait visiter son jardin personnel. C'était le coeur de l'hiver, il n'y avait
aucune fleur et c'était pourtant magnifique.
Ce ne sont pas des couteliers, des artisans, des paysagistes ou des Indiens que j'ai rencontrés. Ce sont des poètes. Et on voudrait que j'écrive des romans ?
Mes activités de pigiste/rewriter/nègre/correcteur ne me laissent guère le temps aujourd'hui d'écrire de la fiction. On m'interpelle souvent là-dessus. "C'est dommage, me dit-on.
Tu n'écris plus de nouvelles, plus de fictions radio... Tu ne fais plus que de l'alimentaire, rien de personnel." En général, je réponds que oui, en effet, c'est dommage, parce qu'en dépit des
apparences, je suis un garçon aimable et que je n'aime pas contrarier les gens. Mais en réalité, je n'en pense pas un mot. Non, ce n'est pas particulièrement dommage. D'abord parce que je ne
pense pas que la littérature perde immensément dans cette affaire. Ensuite parce que je n'écris pas de l'alimentaire. L'alimentaire, je sais ce que c'est. Je l'ai suffisamment pratiqué par le
passé pour ne pas le confondre avec autre chose. Quand je vidais des camions remplis d'échelles; quand je confectionnais des hamburgers chez Mc Donald's; quand je racolais le chaland pour lui
vendre de la bière dans les supermarchés; quand j'interrogeais des ménagères de moins de cinquante ans sur leur sensibilité en matière de lessive; quand je faisais des rondes de nuit armé d'une
casquette et d'une lampe de poche... Quand je faisais tout ça, j'avais une idée assez nette de ce qu'on appelle l'alimentaire. Et je n'ai pas le sentiment de faire la même chose aujourd'hui, y
compris lorsque j'écris un texte qui ne sera pas signé par moi. Et puis, il y a autre chose: je n'ai jamais autant écrit qu'aujourd'hui. Beaucoup plus que lorsque j'écrivais mes débuts de roman
ou mes quelques textes pour la radio. Depuis quatre ou cinq ans, j'ai écrit (et publié) des dizaines et des dizaines de textes, sous des formes diverses. Des textes qui ont été lus. Je suis de
ceux qui écrivent pour être lus. Cette précision à l'air d'aller de soi, mais elle n'en a que l'air. Après, il est clair que je ne renvoie pas les chèques ni ne refuse les virements. Mais tout le
monde est content d'être payé. Même les prix Nobel de littérature.
Sylvain Rossignol est un garçon que j'ai rencontré en 2005 à la remise des prix du concours de nouvelles Quand la ville dort - que j'avais alors le plaisir d'animer avec Jordy
Grosborne. Nous avons, lors de ce week-end festif, fait connaissance avec Françoise Guérin - qui avait remporté le premier prix - et avec Sylvain - qui trustait à lui seul les 2ème et 3ème
places du podium. Une sympathie naturelle est née de cette rencontre et nous avons, Sylvain et moi, continué à échanger régulièrement de nos nouvelles. Nous nous sommes revus en novembre dernier,
à la fête de cloture du concours Nouvelle au pluriel, organisé par l'ami Gérard Levoyer à Villiers-sur-Marne. Sylvain et moi étions invités en qualité d'anciens lauréats et nous avons trouvé là
l'occasion d'échanger à nouveau sur nos parcours respectifs. Sylvain travaillait sur un projet littéraire passionnant: l'écriture d'un roman basé sur le parcours des salariés du centre de
Romainville, un des plus importants centres de recherches pharmaceutiques de France. Fin 1998, un mouvement de fusion (ces opérations auxquelles le commun des mortels ne comprend rien et qui
conditionnent pourtant souvent son existence professionnelle) fait peser sur le site des menaces de fermeture. Ces menaces seront concrétisées quelques années plus tard, en 2004. Le fermeture du
centre de Romainville s'accompagne alors d'un plan de 660 suppressions de postes et de 450 transferts vers d'autre sites appartenant au même groupe. Ces dispositions entraînent une grande
souffrance chez les salariés. Sylvain Rossignol a rencontré un grand nombre d'entre eux et a recueilli leurs témoignages. De ces entretiens, il a tiré un roman polyphonique qui raconte l'histoire
de ces hommes et de ces femmes qui ont vu disparaître leur outil de travail et dont la vie a été bouleversée. Le livre, intitulé Notre usine est un roman, paraît le 24 avril prochain aux
éditions La Découverte. J'en reparlerai abondamment et je tâcherai de donner ici même la parole à Sylvain.
Affaire à suivre, donc...
Il y a quelques mois, j'évoquais sur ce blog ma visite sur le plateau du film Survivre avec les loups et l'interview de sa réalisatrice Véra Belmont. J'avais écrit,
à la suite de cette visite, un article sur le film et sur le best seller éponyme dont il est tiré. L'auteure de ce bouquin, Misha Defonseca, y racontait son histoire (vraie) de petite fille de 8
ans qui traverse seule une bonne partie de l'Europe à la recherche de ses parents déportés par les nazis. Elle vivait notamment pendant plusieurs semaines en compagnie d'une meute de loups qui
l'avait adoptée.
Sauf que Misha Defonseca vient d'avouer que son histoire est fausse. Son livre, publié dans dix-huit pays et vendu à des millions d'exemplaires (plus de 200 000 pour la France), repose sur un
mensonge. Sa famille n'était pas juive. Ses parents ont bien été déportés, mais elle avait quatre ans et non huit. Et elle n'était pas à la dérive sur les routes de Pologne ou dans les
forêt avec les loups, mais tout simplement scolarisée à Bruxelles. Defonseca, penaude, a tenté de s'expliquer au journal Le Soir: "Cette histoire, c'est la mienne. Elle n'est pas la
réalité réelle, mais elle a été ma manière de survivre."
Certes. Qu'une gamine qui a perdu ses parents s'invente une réalité pour affronter l'existence, c'est une chose. Qu'une femme raconte dans un livre cette histoire et la fasse passer pour vraie
pendant des années, touche une fortune sur la base de cette mystification et accepte tous les hommages qui lui ont été rendus à travers le monde est une autre chose.
Il faut à présent remercier Misha Defonseca d'avoir servi sur un plateau un argument en or aux révisionnistes de tout poil. Si cette histoire est fausse, pourquoi les autres ne le seraient-elles
pas ?
Il y a aujourd'hui, quelque part aux Etats-Unis, une vieille dame qui a je l'espère un peu de peine à se regarder dans son miroir.
Pour une note du genre Wikipedia, on pourrait écrire quelque chose comme ça:
De son vrai nom Jean-Marie Geng, l'écrivain Max Genève est né à Mulhouse en 1945. Il poursuit des études de sociologie à Strasbourg, où il publie ses premiers essais. Au début des
années 1980, il quitte la capitale alsacienne pour la capitale tout court. Devenu Parisien, il devient aussi romancier. Il a depuis publié une vingtaine de romans et de récits, parmi lesquels on
peut citer Le Dernier Misogyne (Stock - 1984), Le Défunt Libertin (Barrault - 1989), Le Compositeur (Flammarion - 1992) et Mozart, c'est moi (Zulma -
2006).
Pour ce qui me concerne, Max Genève représente davantage qu'une note de Wikipedia. Je lui ai envoyé une première lettre en 1992, parce que j'avais alors l'illusion que j'allais
être utile à la littérature et parce que j'avais aimé son roman Le Compositeur, qui venait juste de paraître. Je lui avais demandé de lire un manuscrit que je venais de pondre. Il avait
accepté très gentiment et m'en avait dit ensuite très gentiment tout le mal qu'il en pensait. De ce premier contact était née une correspondance régulière. Je l'avais rencontré pour la
première fois lors d'une lecture dans une librairie de Strasbourg où nous nous étions donnés rendez-vous. Je l'avais revu chez lui, à Paris, lors d'un déjeuner. Durant toutes ces années, il a lu
tout ce que j'ai pu lui envoyer: projets de romans, récits inachevés, nouvelles... Lorsque j'ai commencé à travailler dans le journalisme et l'édition, il n'a pas hésité à me faire profiter de
certaines de ses proches relations et il a lancé ainsi de précieuses passerelles. A présent, nous nous voyons à peu près chaque année et je le retrouve toujours avec plaisir. Je pense pouvoir
dire qu'il est devenu un ami. Un ami un peu lointain, un ami d'une autre génération que moi. Mais un ami quand même. Il est ainsi des auteurs qui composent en solitaire une oeuvre personnelle,
sans tapage mais avec force, et qui savent ce que le mot fidélité signifie.
Je suis heureux, grâce à Max Genève, de m'en souvenir.
Il y a des gens qui s'intéressent à ce que je fais de mes journées. "Comment est-ce que tu organises tes journées ? Avec tout ce que tu fais, ça doit être infernal !" Il y a des
gens qui pensent que je passe mon temps à courir dans tous les sens, un carnet de notes à la main, et que je me nourris de sandwichs avalés en hâte dans ma voiture. Ce que je fais de mes journées
? Je pourrais répondre comme Richard Bohringer: "j'évolue, surpris, dans des architectures bizarres." Mais bon, la poésie n'est pas mon fort. Voilà donc, par le menu, ce que j'ai fait,
aujourd'hui, de ma journée:
- Aujourd'hui, je me suis levé tôt, vers 7h. Ma fille de quatre ans est venue me demander à l'oreille quand est-ce qu'on partait pour la mer.
- Aujourd'hui, j'ai bu mon café en me demandant plusieurs fois si je n'allais pas retourner me coucher.
- Aujourd'hui, j'ai signé un contrat d'édition pour un job de réécriture de quelques semaines. Livre à paraître au printemps, signé par un autre. Dix personnes au monde sauront que j'ai travaillé
dessus.
- Aujourd'hui, je suis allé avec ma femme rencontrer un banquier. Depuis quelques temps, nous avons furieusement envie de nous endetter pour vingt-cinq ans. Nous avons parlé prêt, taux d'intérêt,
caution, assurance. Tout ce que j'aime.
-Aujourd'hui, j'ai mangé des artichauts et un reste de gratin. Ah oui, tiens, et puis une Danette au chocolat.
- Aujourd'hui, j'ai pris un café avec une amie journaliste. Elle est depuis peu rédactrice en chef d'une revue trimestrielle et il n'est pas impossible qu'on y trouve mon nom sous peu. C'était un
rendez-vous de travail, donc. Mais bon, un rendez-vous avec Juliana, c'est un peu plus sympa qu'une réunion d'actionnaires de la Société Générale.
- Aujourd'hui, j'ai trouvé une maison à louer pour passer, une fois de plus, l'été en Bretagne.
- Aujourd'hui, j'ai avancé un peu - pas assez - dans la relecture corrective des nouvelles du projet de recueil que j'ai lancé en octobre dernier.
- Aujourd'hui, j'ai trouvé avec mon fils des jeux en ligne sur le site du WWF. Il s'agit d'aider un dauphin à sauver les récifs de corrail de la pollution. C'est très politiquement correct, donc.
Mais plus intelligent que de dégommer des aliens, quand même.
- Aujourd'hui, je vais avancer un peu dans ma lecture du merveilleux roman de Murakami, Kafka sur le rivage. C'est le genre de pavé que je lis par petits bouts, de dix pages en dix
pages, pour ne pas le finir trop vite. Ensuite, j'irai me coucher.
A demain, si vous le voulez bien.
Olivier Bonnet est un journaliste talentueux dont le blog militant et pointu (voir mes liens) reçoit chaque jour 4000 visiteurs enthousiastes.
Olivier Bonnet est aussi ce qu'on appelle un intellectuel précaire. Dans un billet troublant, il révèle sa situation catastrophique: les supports de presse pour lesquels il
travaillait l'ont lâché les uns après les autres et il survit avec 300 euros par mois. Son blog ne lui rapporte évidemment pas un centime. Il met donc aujourd'hui toute son énergie (celle du
désespoir) dans un livre - brûlot anti-sarkozyste - qu'il publie le mois prochain.
Le cas d'Olivier Bonnet me touche tout particulièrement. Je cumule - au prix d'une gymnastique d'équilibriste - un certain nombre de travaux liées de près ou de loin à l'écriture, de sorte
que je vis plutôt pas mal de l'ensemble de ces activités. Pour la plupart d'entre elles, elles ne tiennent que par l'énergie que je choisis d'y investir: en dehors de mes interventions régulières
dans le domaine de la formation à l'écriture, tout ce que j'accomplis dans le journalisme et l'édition relève de contrats au coup par coup. A l'automne dernier, mes activités de pigiste ont connu
un brutal coup d'arrêt et je me suis davantage orienté vers l'édition. Il semble aujourd'hui que des opportunités d'intervenir dans l'un ou l'autre support de presse se profilent à nouveau. Quoi
qu'il en soit, je parviens depuis environ quatre ou cinq ans à maintenir un niveau d'activité à peu près constant (ma polyvalence y est pour beaucoup). Mais je ne suis pas à l'abri d'une
dégringolade de type Olivier Bonnet. C'est sans doute un risque auquel il faut consentir. Cela ne signifie pas que la chose soit facile...
Natacha en pleine action, lors de l'une de ses "lectures apéritives"...
Cette fois, ça y est: la bulle d'oxygène qui faisait vivre les livres à Hoenheim, ville dortoir de la périphérie de Strasbourg, a éclaté sans faire de bruit. La petite librairie
Caractères a fermé ses portes dans la bonne humeur et sans acrimonie. J'ai déjà évoqué cette affaire sur ce blog (billet du 27 septembre dernier), à l'époque où Natacha, animatrice du lieu,
venait juste de décider de jeter l'éponge. C'est aujourd'hui chose faite... La petite maison bleue à colombage va peut-être accueillir une boutique de fringues... Je doute qu'on y retrouve les
lectures apéritives organisées régulièrement par Natacha: un verre de riesling dans une main, un livre ouvert dans l'autre, on y lisait quelques pages à tour de rôle. Les livres y devenait alors
ce qu'ils devraient être toujours: des objets de plaisir et de partage, en toute convivialité. Le mercredi matin, il m'arrivait régulièrement de rendre visite à Natacha avec mes enfants. Mon fils
appréciait tout particulièrement le coin réservé aux gamins: il pouvait s'asseoir sur un pouf et lire autant de livres qu'il le voulait. La plupart du temps, je pense qu'il les rangeait n'importe
où. Peut-être même qu'il a plié des pages ou abimé une reliure en faisant tomber un bouquin. Pas grave. Il a toujours considéré les livres comme des objets qui ne sont pas sacrés, mais que l'on
respecte. La librairie Caractères le confirmait dans cette vision des choses.
- C'est dommage, quand même, m'a t-il dit l'autre jour. Pourquoi elle s'en va, Natacha ?
Je ne lui ai pas dit qu'il est plus facile de vivre aujourd'hui en vendant de la téléphonie que des livres. Il a bien le temps d'être confronté à la réalité navrante de notre société de
consommateurs avachis et bedonnants.

L'une des nombreuses rencontres organisées chez Natacha. On y voit votre serviteur en chemisette bleue, pensif...
Mes activités de petites mains de l'édition prennent parfois des formes inattendues et me conduisent à exercer mon imagination sur les supports les plus divers. Récemment, j'ai été
amené à rédiger un assez grand nombre de légendes pour les photos d'un énorme livre consacré à la cathédrale de Strasbourg. A côté de commentaires purement techniques ou informatifs
(dont je n'avais pas la charge), l'ouvrage nécessitait en effet une soixantaine de légendes plus littéraires, auxquelles il convenait de donner un peu de souffle, voire une touche de lyrisme. Je
me suis fait remettre les quelques dizaines de photographies à commenter et je me suis rendu sur le lieu le plus approprié pour accomplir ce type de job.
Un bon vieux café strasbourgeois.
Il m'arrive de me lasser de mon bureau, de ses chemises, de ses post-it et de ses trombones. Et même si les dessins de mes gosses punaisés au mur (les dessins, pas mes gosses) égayent un peu le
décor, j'ai parfois envie de changer d'air. Les grosses tables rustiques des cafés alsaciens sont assez pratiques pour prendre ses aises et, par exemple, étaler devant soi une soixantaine de
photos. Et surtout, les cafés alsaciens constituent le cadre idéal pour qui apprécie, comme moi, de bosser le nez en l'air. Je n'aime rien tant qu'être distrait quand je travaille. Et il existe à
Strasbourg, pour peu que l'on choisisse un vieux quartier populaire, des endroits magnifiques pour ça. J'en connais un particulièrement où je me rends dès que j'en ai l'occasion. C'est un vieux
café familial aux tapisseries antédiluviennes en forme de fleurs de lys d'un jaune pisseux, avec de grosses tables massives, des piles de sous-bocks Fischer, de gros bretzels piqués de grains de
sel et une énorme tête de cerf au mur. Un vrai régal. Ce jour-là, je m'y suis installé confortablement avec toutes mes photos, en prenant soin de m'asseoir pas trop loin du comptoir: les
conversations des quelques habitués qui peuplent le lieu tôt le matin sont un véritable délice. J'ai commandé un grand café - Hopla ! m'a répondu le patron - et je me suis mis au
travail. Lorsque j'ai trempé les lèvres dans mon café, il était brûlant. Lorsque je l'ai terminé, il était froid. Dans l'intervalle, j'avais rédigé une vingtaine de légendes et apprécié à
leur juste valeur les commentaires socio-philosophico-politiques des consommateurs à casquettes et informes mégots. J'ai commandé un autre café. Un bon rythme de croisière, ça, vingt
légendes par café.
- Z'ètes sûr que vous voulez pas un verre de blanc ?
sourires échangés.
- Non, merci. Juste un café.
J'ai travaillé jusqu'à la fin de la matinée, un oeil sur les ogives et les gargouilles de la cathédrale, l'autre sur les champions de l'apéro. J'ai fini, presque à regret, par rédiger ma dernière
légende:
La cathédrale inspire aux hommes des chants dignes des anges...
- Dis-donc, Kiki: on boit de bons coups chez toi, mais ils sont rares !!!