Ce jour est à marquer d'une pierre blanche: c'est la première fois depuis de (déjà) longues années que je vois ma femme surfer sur le web à
08h12.
Il faut dire que ma femme est d'origine italienne. Sicilienne, pour être exact. Ses parents viennent de Serradifalco, un petit bourg plombé de soleil et posé au centre de la Sicile.
Je l'ai donc trouvée ce matin, à 08h12, devant l'écran de l'ordinateur. Elle avait la tête d'une mère à qui on a retiré ses enfants. Comme les nôtres étaient en train de se laver les dents, j'en
ai déduit que son désarroi avait une autre origine.
Puis je me suis souvenu que les Italiens venaient juste de voter.
- C'est bien l'autre clown qui a gagné, m'a t-elle dit. Avec dix points d'avance...
L'Italie vient donc de redonner sa confiance à un escroc vulgaire, stupide et arrogant. Un triste sire propriétaire de chaines de télévision surpuissantes et dont la crétinerie ferait passer
les divertissements de TF1 pour des programmes éducatifs. Un histrion bronzé aux UV persuadé de l'intelligence supérieure de la civilisation occidentale (dommage qu'il n'ait pas un échantillon
sur lui). Et le plus gros (je n'ai pas dit grand, j'ai dit gros) éditeur du pays, bien qu'il n'ait, de son propre aveu, jamais lu un seul roman.
Ceux qui ignorent (encore) ce dont est capable Berlusconi peuvent jeter un oeil au passionnant documentaire de Sabrina Guzzanti intitulé Viva Zapatero. Cette comédienne très connue en
Italie y montre combien la censure dans les médias est terrible, qu'il s'agisse de la télévision ou de la presse écrite.
Mais les Italiens ne l'ont sans doute pas vu.
Ils préfèrent regarder les poufiasses en string des programmes de Berlusconi.

