Mardi 15 avril 2008

Ce jour est à marquer d'une pierre blanche: c'est la première fois depuis de (déjà) longues années que je vois ma femme surfer sur le web à 08h12.
Il faut dire que ma femme est d'origine italienne. Sicilienne, pour être exact. Ses parents viennent de Serradifalco, un petit bourg plombé de soleil et posé au centre de la Sicile.
Je l'ai donc trouvée ce matin, à 08h12, devant l'écran de l'ordinateur. Elle avait la tête d'une mère à qui on a retiré ses enfants. Comme les nôtres étaient en train de se laver les dents, j'en ai déduit que son désarroi avait une autre origine. 
Puis je me suis souvenu que les Italiens venaient juste de voter.
- C'est bien l'autre clown qui a gagné, m'a t-elle dit. Avec dix points d'avance...
L'Italie vient donc de redonner sa confiance à un escroc vulgaire, stupide et arrogant. Un triste sire propriétaire de chaines de télévision surpuissantes et dont la crétinerie ferait passer les divertissements de TF1 pour des programmes éducatifs. Un histrion bronzé aux UV persuadé de l'intelligence supérieure de la civilisation occidentale (dommage qu'il n'ait pas un échantillon sur lui). Et le plus gros (je n'ai pas dit grand, j'ai dit gros) éditeur du pays, bien qu'il n'ait, de son propre aveu, jamais lu un seul roman. 
Ceux qui ignorent (encore) ce dont est capable Berlusconi peuvent jeter un oeil au passionnant documentaire de Sabrina Guzzanti intitulé Viva Zapatero. Cette comédienne très connue en Italie y montre combien la censure dans les médias est terrible, qu'il s'agisse de la télévision ou de la presse écrite. 
Mais les Italiens ne l'ont sans doute pas vu.
Ils préfèrent regarder les poufiasses en string des programmes de Berlusconi.


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Dimanche 13 avril 2008

Un coup d'oeil sur les statistiques de fréquentation de ce blog m'indique que vous êtes bien moins nombreux à visiter ces pages durant le week-end que pendant les jours de semaine. Je trouve cet état de fait plutôt rassurant: vous me rendez visite pendant vos heures de bureau et vous avez sans doute mieux à faire que de vous abrutir d'internet le samedi et le dimanche... Tiens, puisqu'on parle de semaine et que je n'ai pas de coup de gueule à pousser, je vais vous raconter la mienne, de semaine.

Cette semaine, le petit animateur que je suis a travaillé les techniques d'argumentation écrite en atelier avec des gens. Et avec le sentiment de parler à des poissons rouges.

Cette semaine, le petit journaliste que je suis a rencontré un membre du Conseil Général, un artisan verrier et une conservatrice de musée. Et il s'est interrogé sur l'éclectisme.

Cette semaine, le petit bourgeois que je suis a visité plusieurs maisons avec l'envie d'en acheter une. Mais sans trouver son bonheur.

Cette semaine, le petit rewriter que je suis a tenu entre les mains deux des bouquins sur lesquels il a travaillé. Avec le sentiment d'y avoir laissé une part de lui-même.

Cette semaine, le petit mégalomane que je suis a passé une heure à se faire photographier pour illustrer un prochain éditorial écrit par ses soins. Et en plus, il s'est trouvé beau. 

Cette semaine, le petit père de famille que je suis a retrouvé sa femme et ses enfants, absents depuis quelques jours. Et il a lu des histoires de princesses.

Beaucoup de casquettes pour une seule semaine. M'étonne pas que j'aie mal au crâne, ce soir.

Bonne nuit.


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Mardi 8 avril 2008

On m'a offert ce matin même une petite pile de bouquins tout juste sortis de l'imprimerie et encore sous emballage plastique.
En réalité, cinq exemplaires du même livre.
Ce livre, dont vous ne connaitrez pas le titre, sera bientôt disponible en librairies.
J'en suis en grande partie l'auteur, même si mon nom n'apparaît pas sur la couverture. Ou plus exactement, je l'ai réécrit. Prendre en main un manuscrit mal fagotté et deux fois trop long pour le rendre publiable, voilà le travail d'un rewriter tel que moi. Et c'est un travail beaucoup plus personnel qu'il n'y paraît. Au-delà des contraintes techniques de réécriture et de mise en forme, il demande à ce que je parvienne à me glisser dans la peau de l'auteur pour parler mieux que lui des choses qu'il connaît mieux que moi. En d'autres termes, je dois m'approprier provisoirement son texte. Parvenir à une alchimie paradoxale: réécrire à ma façon un livre, de manière à ce qu'il corresponde davantage à son auteur.
C'est un travail passionnant, à condition de savoir mettre dans sa poche les excroissances de son ego.
Cela tombe plutôt bien, je n'ai pas de prétention d'auteur. Pour moi, toutes les expériences d'écriture valent la peine d'être tentées, je ne me place au-dessus de rien.
Déchirer l'emballage de mon paquet de bouquins et parcourir les premières pages que je connais si bien est pour moi une expérience presque aussi magique que si mon nom figurait au-dessus du titre.
Je suis un homme de série B et un auteur sans ego.
Un homme heureux, donc.


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Samedi 5 avril 2008

Lorsque je vais au cinéma (de moins en moins, dans la mesure où il faudra bientôt prendre un crédit dans une banque pour s'acheter un ticket), ma femme me regarde généralement comme un attardé à qui on ne peut pas en vouloir. Il faut dire que je prends le plus souvent la peine de lui résumer le film que j'ai choisi, par exemple 28 semaines plus tard: "Londres est en quarantaine à cause d'une prolifération de zombis. Enfin, pas vraiment des zombis, tu vois. Plutôt des gens atteints d'une maladie inconnue et qui se mettent à manger leurs voisins avec les yeux rouges."
Bon, il y a des pitchs qui sont réducteurs.
Mais je ne suis pas un demeuré. Je suis un fruit de la culture populaire.
Je suis un homme de série B.
Qu'il s'agisse de cinéma, de littérature ou de musique, j'ai toujours été attiré par ce qu'on appelle le genre. Les gros films qui tâchent, les genres malpolis, les livres mal écrits exprès (ah ! les plaisirs de la collection Gore, publiée par le Fleuve Noir dans les années 1980...). Ils ont constitué mon terreau, mon ciment. A cet égard, je suis toujours étonné d'entendre des gens expliquer qu'ils ont connu leurs premiers émois littéraires avec Rimbaud, Maupassant ou Goethe. J'ai déjà largement parlé sur ce blog de ma passion adolescente pour les polars de Pierre Pelot. Je pourrais évoquer de la même façon les romans de Stephen King première période (en gros avant qu'il se mette à écrire de la merde - la merde, je la situe aux environs de La part des ténèbres), la SF politique de Daniel Walther et Jean-Pierre Andrevon, ou encore les quatre titres mensuels de la collection Anticipation (en quatrième de couverture, il y avait des pubs pour les cigarettes Gauloise. Autre temps, autres moeurs...).
J'ai appris l'alphabet de la grammaire cinématographique avec John Carpenter, Tobe Hooper, George Romero et Dario Argento - pour ne citer que les plus fréquentables. Je ne me suis pas pâmé sur les films de John Ford, mais sur le western italien. J'ai toujours préféré les gueules cassées (Lee Van Cleef, Rutger Hauer, Ernest Borgnine) aux minets propres et bien coiffés. J'ai appris très tardivement qu'il existait un cinéma français.
Musicalement, j'ai toujours aimé ce qui était dépassé, ringard, has-been. Le rock progressif, par exemple. Le bon vieux rock progressif anglais des seventies. Les interminables pièces musicales de Yes. Les gros gâteaux à la crème écoeurants d'Emerson, Lake and Palmer.
Pourquoi ce coming out aujourd'hui ?
Parce que je suis persuadé d'avoir eu raison. Parce que si c'était à refaire, je repasserais exactement par les mêmes chemins. Je ne me suis pas tellement cultivé, quand j'avais quinze ans. Mais bon sang, qu'est-ce que j'ai pu rigoler. Et puis, après tout, on ne s'en sort pas si mal.
Parce que derrière les morts-vivants de Romero, on finit par s'apercevoir que s'imprime une violente diatribe contre la société de consommation. La musique d'Emerson, Lake and Palmer ouvre la voie à celle de Moussorgski. Les livres de Pelot et d'Andrevon préparent le terrain à ceux de Bradbury ou d'Orwell.
On peut aimer Angelopoulos et les films Gore. On peut aimer Guerre et paix et les premiers Frédéric Dard. Ne me demandez pas comment, je n'en sais rien. Mais on peut.   

 


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Mardi 1 avril 2008

On imaginera aisément ma stupéfaction lorsque j'ai découvert ce soir dans ma boîte aux lettres un courrier à l'en-tête de l'American Academy for the Pulitzer Price. Ce courrier m'apprend que le prestigieux prix Pulitzer sera également décerné à un journaliste étranger (c'est-à-dire non Américain) à partir de 2009. Les sélections viennent de commencer dans une trentaine de pays du monde et on m'annonce aujourd'hui que je fais partie des journalistes français choisis par le premier comité de sélection ! Il semble qu'une quarantaine de journalistes soient concernés pour la France, mais je n'en sais pas plus. Le courrier indique que chaque comité national est chargé de choisir LE journaliste qui représentera son pays dans la course à ce Pulitzer "étranger". Le comité de sélection américain désignera au final l'heureux élu... Résultat de la sélection française annoncé pour le 15 septembre prochain ! Il va sans dire que je n'ai guère de chances de l'emporter (j'imagine que bien d'autres journalistes hexagonaux bien plus prestigieux que moi ont aussi été présélectionnés), mais je suis d'ores et déjà abasourdi d'avoir été choisi... J'attends d'ailleurs dès ce soir quelques amis avec lesquels je compte bien fêter l'événement ! Le courrier de l'Académie précise que je dois ma présélection à l'enquête que j'ai réalisée pour la revue Les Saisons d'Alsace sur les facettes multiples de l'édition (compte d'auteur, auto-édition, web-édition...). On me dit aussi - sans doute pour me faire saliver ! - que le prix consiste en un chèque de 7500 dollars et en l'édition de l'enquête en question dans les colonnes du New-Yorker !  Croisez donc les doigts pour moi... Je vous tiendrai informés, bien évidemment, des suites de cette affaire surréaliste...


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Mardi 1 avril 2008

Un ami - Jordy Grosborne, pour ne pas le nommer - attire mon attention, goguenard, sur un concours de nouvelles exigeant des frais d'inscription d'un montant de 20 euros. Dans le même temps, un visiteur de ce blog me fait savoir qu'il est tombé récemment sur des concours littéraires dont les règlements présentent des clauses parfois surréalistes (envoi d'un très grand nombre d'exemplaires des textes, cession abusive des droits d'auteur...). Je profite de cette concomitance (c'est bien dit, non ?) pour en remettre une couche: il ne sert à rien de participer à des concours de nouvelles pour participer à des concours de nouvelles. Il faut au préalable se poser deux questions essentielles: qu'est-ce que j'attends d'un concours ? Quelles en seront les retombées ? Il n'y a qu'un ou deux concours susceptibles d'avoir une influence notable sur le destin littéraire d'un auteur. Plusieurs offrent de confortables récompenses financières. Quelques-uns bénéficient d'un jury pointu et éclairé, qui peut permettre de situer ses textes en matière de qualité. Tous les autres (et il en existe plusieurs centaines) ne valent pas même le papier sur lequel est imprimé leur règlement. Au mieux, ils ne servent à rien (au-delà de toute langue de bois, que peut bien valoir, sur le plan littéraire, le jugement d'un jury composé d'employés de bibliothèque et de membres de conseil municipal ?). Au pire, ils s'assimilent à des arnaques, davantage destinées à renflouer les caisses d'une association obscure qu'à promouvoir la littérature. Après ça, il est bien sûr loisible à chacun de continuer à concourir. Mais il importe de le faire en étant attentif aux clauses imposées par les concours. Faute de quoi finira par s'imposer l'équation suivante: nouvellistes = pigeons.


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Samedi 29 mars 2008

Je découvre dans Libé une histoire hallucinante: le bourgmestre d'une petite ville flamande a tenté d'interdire aux enfants francophones l'accès au centre aéré de sa commune. Le prétexte invoqué concernait la sécurité: quand on encadre des enfants, il est important que ceux-ci comprennent ce qu'on leur dit. Foutaises: on voudrait nous faire croire que des gamins francophones dans une ville flamande ne sont pas capables de comprendre des consignes simples dans les deux langues ? Selon Libération, la mesure n'a juridiquement pas pu être appliquée, mais elle n'a pas rencontré d'opposition majeure dans l'opinion publique flamande. Ce qui pourrait ne constituer qu'une anecdote navrante prend une dimension plus inquiétante quand on sait que ce type de mesures discriminatoires se multiplie en Belgique. Certains commentateurs expliquent que les Flamands cherchent à réduire à néant la pratique du français dans l'optique d'une future indépendance. Une autre commune a ainsi interdit en 2006 l'usage du français dans l'enceinte des écoles (cours de récréation comprise). Il y a eu une époque, en Alsace, où de telles mesures ont été prises. Pendant l'annexion allemande de 1940, les Alsaciens (petits et grands) avaient interdiction formelle de pratiquer le français. A titre personnel, ce type de contrainte me fait littéralement vomir. Contraindre un individu à ne plus utiliser sa langue maternelle constitue un viol de conscience d'une gravité extrême. En Alsace, les Turcs (la plus importante communauté de la région) parlent turc entre eux et français avec moi. Mes beaux-parents - d'origine sicilienne - parlent sicilien entre eux et français avec moi. Les Alsaciens dialectophones parlent alsacien entre eux et français avec moi. Et, jusqu'à preuve du contraire, personne ne s'en porte plus mal. On me dira que je ne suis pas belge et que la complexité du problème m'échappe. Il n'en reste pas moins que je sais assez bien reconnaître la connerie quand je la rencontre. D'où qu'elle vienne.


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Vendredi 28 mars 2008
Dans Kafka sur le rivage, il pleut des poissons, un vieillard amnésique parle le langage des chats, une entité évanescente revêt la forme d'un personnage publicitaire pour approcher les hommes, un chauffeur routier se prend de passion pour Beethoven, une prostituée cite les grands philosophes, un hermaphrodite cultivé prend un jeune garçon sous son aile, une forêt profonde permet d'entrer dans un univers parallèle...

Dans Kafka sur le rivage, un adolescent grandit. C'est tout.





Lire ce livre de Murakami suppose d'abandonner au préalable toute idée préconçue sur les codes narratifs de la littérature. L'auteur part de la réalité et parvient à la distordre avec un art sublime du détail. Dans Kafka sur le rivage, l'irrationnel s'invite parfois d'une façon presque insensible, comme une goutte d'eau trouble quelques secondes la surface d'un étang. Peu à peu, le roman se transforme en expérience fascinante. Les 640 pages qui le composent ouvrent un gouffre dans lequel il est impossible de ne pas tomber. A cet égard, le rapport qui s'installe entre ce livre et son lecteur a quelque chose d'hypnotique. Poésie pure, l'écriture de Murakami est d'une beauté étourdissante, à la fois très douce et terriblement perverse. Elle est ici absolument indissociable du propos de l'auteur, qui nous offre une réflexion sublime sur le thème du passage et de ses rites. Vers le sexe, la connaissance, le rêve, la mort, l'ailleurs...

En fait, si l'on y pense, Kafka sur le rivage, c'est le livre du passage de soi vers soi.

640 pages, finalement, c'est terriblement peu.

Haruki Murakami - Kafka sur le rivage - 10/18 Domaine étranger - 640 pages.

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Mardi 25 mars 2008

Tiens, on m'a encore reproché mes avis tranchés, mon manque d'ouverture d'esprit et mon cynisme. Je n'aime pas le succès, paraît-il (il faut voir...). Je n'aime pas ce qui est à la mode (ça oui !). Je ne suis qu'un râleur mal embouché et de mauvaise foi. Il faudrait que je fasse des efforts. Eh ben non, tiens. Je ne vais pas en faire. Je n'ai pas envie d'être beau, ni de plaire. Pas envie de me raser. Ni de sourire. Je déteste les crétins qui sourient tout le temps. Il n'y a que les hypocrites et les imbéciles qui sourient tout le temps. Et je n'aime pas arrondir les angles. Pas ici, en tout cas, pas sur ce blog. Voici donc un petit billet spécialement concocté pour tous ceux qui s'agaçent de mon acrimonie. Ce que je n'aime pas. Cela pourrait d'ailleurs faire l'objet d'une série. Parce que la liste est loin, très loin d'être exhaustive.
Je n'aime pas les succès de masse, ceux qui emportent tout, y compris le sens critique, ceux qui mettent tout le monde d'accord. Par exemple, je n'irai pas voir Les Ch'tis. Je ne le louerai pas. Et je ne le verrai même pas à la télévision. Un film qui fait plus de quatre millions d'entrées en une semaine est forcément suspect. 
Je n'aime pas les auteurs qui exhibent leur tête sur les bandeaux rouges qui ceignent leurs livres, ou pire, sur la couverture de leurs livres. C'est pour moi le comble de l'obscénité. 
Je n'aime pas les auteurs qui se scrutent, s'écoutent, s'introspectent, se curent le nombril. L'autofiction est une calamité. Angot, Justine Levy, Catherine Millet... Dans quel monde vivent ces gens ? 
Je n'aime pas les livres comiques (rien de plus pathétique qu'un livre estampillé "humour"), je n'aime pas les romans "tendance" (qui se souvient des bouquins de Cyril Collard, aujourd'hui ?), je n'aime pas les romans ruraux (le genre "qu'est-ce que c'était dur, dans le temps, mais qu'est-ce que c'était mieux quand même"), je n'aime pas les prix Goncourt (les conditions de leur attribution tiennent de la plaisanterie), je n'aime pas les romans historiques (pas assez roman ou pas assez histoire), je n'aime plus le polar français ("je suis de gauche, altermondialiste et anti-raciste, je peux donc me dispenser de savoir écrire"), je n'aime pas la rentrée littéraire (une sorte de beaujolais nouveau de la littérature), je n'aime pas les classements de best sellers (voici les meilleures ventes. Bon d'accord, et après ?).
En réalité, je n'aime pas grand-chose.
Je n'aime pas que les livres me draguent, me fassent des clins d'oeil, s'habillent vulgairement, utilisent des entremetteurs pour me rencontrer.
J'aime qu'ils m'attendent.
Je les rencontre. Ou pas.
Il en va des livres comme des gens. Ce ne sont pas ceux qui parlent le plus fort qui ont des choses à dire. Ce ne sont pas ceux qui se fardent qui sont les plus séduisants.


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Jeudi 20 mars 2008

- Oui, ça a l'air pas trop mal, mais bon, j'ai quand même l'impression qu'il ne se passe pas grand-chose... m'a t'on dit à propos du roman de Stewart O'Nan Nos plus beaux souvenirs, publié il y a deux ans par l'Olivier. La personne à qui je l'avais conseillé exprimait là ses doutes après avoir lu la quatrième de couverture du livre. Cette réflexion n'a pas manqué de me plonger dans un abîme de perplexité. J'imagine un éditeur se basant sur de tels critères:

"Anna Karénine, une jeune femme mariée, tombe amoureuse d'un comte nommé Vronski. Leur passion ne les mène nulle part et Anna finit sous un train."

Anodin, nul, banal. Poubelle.

"Frédéric Moreau tombe éperdument amoureux de Madame Arnoux. Il l'aime pendant trente ans sans oser lui avouer sa passion."

Chiant, chiant, chiant ! Corbeille.

"Le lieutenant Drogo est affecté au fort Bastiani. Il attend l'ennemi durant des mois, mais celui-ci n'attaque pas."

Mortel... Allez, zou ! Au panier...

"Un professeur reçoit une élève pour sa leçon particulière. Il est tout d'abord très poli, puis tout à fait déplaisant. Il raconte n'importe quoi et finit par tuer son élève."

Qu'est-ce que c'est que cette connerie ? Allez, au suivant !

"Deux clochards assis sous un arbre attendent un ami qui n'arrive pas. Du coup, ils envisagent de se pendre. Et puis finalement, ils continuent à attendre."

Décidément, pas de bol, aujourd'hui. J'espère que je recevrai quelque chose de valable demain...


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Qui est-il ?

Stéphane Laurent est journaliste, rewriter, nègre et réalise d'une façon générale tous les travaux d'écriture qu'on lui demande. Il vit à Strasbourg et passe tous ses étés en Bretagne. Il a aussi mauvais caractère. D'où (le retour de) ce blog.

Bobine


En cours de lecture...


  Iain Levison - Tribulations d'un précaire (Liana Levi)

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